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jeudi 27 juin 2013

Les nuits mouvementées de l'escargot sauvage d'Elisabeth Tova Bailey


Les nuits mouvementées de l'escargot sauvage d'Elisabeth Tova Bailey aux éditions Autrement,avril 2013
Ce livre traduit de l'américain est autobiographique et c'est un premier livre. 
A cause d'une maladie inconnue qui l'obligea  à rester le plus souvent allongée, Elisabeth Tova Bailey se passionne pour un escargot qu'une amie lui ramène dans un pot de violettes.

Elle suit les allées et venues du gastéropode et mène une observation attentive nourrie de nombreuses lectures et découvre les mœurs du colimaçon.

Petit à petit, un monde insoupçonné s'ouvre et l’escargot lui devient précieux. Tout d'abord compagnon face à sa maladie qui l'isole et la désespère son étude devient une sorte de quête riche d'enseignements de toutes sortes.

Si minuscule et si fragile celui-ci est pourtant capable de voyager d'un bout à l'autre de la planète, d'échapper aux prédateurs les plus redoutables et de survivre à des conditions extrêmes.

D'un certain point de vue, le gastéropode la sauve. Découvre-t-elle alors sa réponse comme le suggère la citation de Rainer Maria Rilke:
"Peut-être, cette vie, peu à peu, un jour lointain, sans que vous le remarquiez, vous fera-t-elle entrer dans la réponse?" Tiré des Lettres à un jeune poète.
Ce petit et passionnant livre est vraiment très original.
Il tient à la fois de l'essai, du récit poétique et du témoignage. Composé de six parties répartis en 22 chapitres tous sont ponctués en exergue de citations de scientifiques, de poètes ou d'écrivains. Kobayashi Issa, Emily Dickinson, Hans Christian Andersen par exemple. Dans le corps du texte l'auteur fait également référence à des auteurs ayant mis en scène des escargots.
Saviez-vous qu'une nouvelle de Patricia Highsmith raconte l'histoire d'escargots géants?
Distrayant et plein de fraîcheur ce livre est savant sans être pédant.  Émouvant, il ouvre sur l'infinie beauté du vivant et le devoir que nous devrions tous ressentir de respecter cela.
Un très gros coup de cœur pour ce livre de 160 pages à mettre dans toutes les poches! On ne regardera plus jamais les escargots de la même façon après l'avoir lu. A la fin du livre vous trouvez d'ailleurs en appendice quelques conseils de l'auteur pour réaliser un terrariums.

Infos sur l'auteur: lien vers les éditions Autrement  et vers le site de l'auteur ( en anglais ) vous pourrez y entendre un escargot en train de manger et y voir des photos du jardin de l'auteur et de son chien Brandy qui apparaît dans le récit. 
 

dimanche 19 août 2012

Failles de Yanick Lahens


Titre: Failles
Auteur: Yanick Lahens, vit en Haïti. Lauréate du prix RFO 2009 pour La Couleur de l'aube (Sabine Wespieser éditeur, 2008) "Elle est l’une des grandes figures de la littérature haïtienne, elle brosse sans complaisance le portrait de certaines réalités caribéennes et s’implique activement dans la vie culturelle de l’île. Elle occupe sur la scène littéraire haïtienne une position très singulière par son indépendance d’esprit et l’autorité que lui confèrent ses actions de terrain. Longtemps professeur de littérature, Yanick Lahens consacre aujourd’hui une grande partie de son temps à une fondation destinée à former les jeunes générations aux stratégies de développement durable..." Extrait de la biographie écrite sur le site d'étonnant voyageur dont elle était l'une des invités
Éditeur: Sabine Wespieser, septembre 2010
Histoire: " Le 12 janvier 2010 à 16 heures 53 minutes, dans un crépuscule qui cherchait déjà ses couleurs de fin et de commencement, Port-au-Prince a été chevauchée en moins de quarante secondes par un de ces dieux dont on dit qu’ils se repaissent de chair et de sang. Chevauchée sauvagement avant de s’écrouler cheveux hirsutes, yeux révulsés, jambes disloquées, sexe béant, exhibant ses entrailles de ferraille et de poussière, ses viscères et son sang. Livrée, déshabillée, nue, Port-au-Prince n’était pourtant point obscène. Ce qui le fut, c’est sa mise à nu forcée. Ce qui fut obscène et le demeure, c’est le scandale de sa pauvreté. » Y. L.

Avis: Rarement une écriture n'a produit chez moi un tel enthousiasme! C'est magnifique et terrible. A la fois journal de survie et déclaration d'amour à son pays meurtri, cela m'a permis de mieux faire connaissance avec cette terre. La langue est fluide et poétique, elle m'a donné envie de lire à haute voix pour mieux apprécier le souffle dont elle est habitée. L'auteur s'interroge sur la difficile tâche de l'écrivain face au désastre et à son rôle à témoigner du vivre et de la désolation:
 « Comment écrire quand on est aux prises avec l'ombre? Comment écrire sans qu'à l'issue de ce corps à corps avec elle la littérature n'en sorte défigurée? Comment déplacer les bornes du malheur? Comment l'interpeler du seuil hors de sa portée immédiate, celui de l'écriture?Comment ne pas laisser au malheur une double victoire, celle qui nous broie corps et âme et celle qui viendra ensuite nous ravir notre seule parade face à elle, notre seule riposte à nous, écrivains?... » 
 Et bien je dirais qu'en lisant ce livre j'ai eu le sentiment que l'auteur réussissait parfaitement à témoigner sans trahir ni son pays ni la littérature.

lundi 23 avril 2012

Un peuple de promeneurs : histoires tziganes d'Alexandre Romanès

Titre: Un peuple de promeneurs
Auteur: Alexandre Romanès
Éditeur: Gallimard
Sélection du Prix du Télégramme 2012
Article du Télégramme sur le livre ici

Ce que je retiens du livre:

Homme de cirque co-fondateur du cirque éponyme, Alexandre Romanès, fils d'un dompteur gitan est issu de la famille Bouglione.
 Il publie ici une sorte de "Défense et illustration "de la culture Tzigane composée d'un ensemble  de paroles , d'aphorismes et de témoignages sur le sujet.
Comme  l'explique Lydie Dattas dans la préface du livre " c'est à 45 ans que l'auteur presque inculte commence à noter les premières phrases de son livre". A 19 ans il entra pour la première fois dans une cage,  son parcours sera riche le menant vers la littérature avec de belles rencontres. Jean Genet fut par exemple de ses amis. Cet homme a donc à faire avec le livre puisque sa première expérience mystique il la vivra à travers Le livre des livres: la Bible, sur laquelle il tombe un jour par hasard sans pouvoir s'en détacher. 
Un peuple de promeneurs,  permet de découvrir la culture et l'esprit Tzigane, entre rêve et réalité, mais c'est aussi un texte aux thèmes universels comme l'enfance, l'amour, ou la difficulté de vivre. Ce petit livre reprend des thèmes  habituels sur le sujet: le vol, la  musique, les enfants... en y mêlant une pincée d'humour et de poésie assaisonnée d'une poignée d’impertinence. On effleure, sans s’appesantir mais ce rythme dessine pourtant peu a peu un tableau assez  vivant derrière une accumulation d'images d’Épinal et,  lisant entre les lignes,on voit alors  défiler des vies entre joies  et peines, celles d' hommes ordinaires et singuliers avec qui  construire une fraternité. J'aime beaucoup ces quelques phrases que j'ai envie de vous faire partager:
 " Sorine:"Papa, qui a mis le sel dans la mer? "


" le juge m'a envoyé une lettre, c'est écrit:"non coupable". C'est bien la première fois que ça m'arrive. "


 " Une Tzigane sur un campement est interviewée.Le journaliste: "Vous n'avez pas fait d'enfants, pourquoi?" La Tzigane:"Mon mari et moi, on n'a pas voulu reproduire notre bêtise"

Un vieux Gitan: "Tout le monde dit:"L intelligence n'a rien à voir avec les diplômes" , mais tout le monde ment,car personne ne le pense. "
 


" Un vieux tzigane:
Quand un homme présente une façade impeccable, c'est qu'il ne l'est pas " 



 " On devrait avoir deux vies, l'une pour apprendre l'autre pour vivre "



" Elle a tout renversé, mon cœur avec "
" Même si j'avais voulu pleurer ça n'aurait pas été possible.Je me suis tellement endurci "


Un livre à découvrir dans lequel on peut picorer en commençant par  là où l'on veux sans en perdre  le fil. J'avais préféré Sur l'épaule de l'ange  qui m'avait permis de découvrir  l'auteur. Ce dernier livre m'a semblé malgré tout assez inégal même s'il a beaucoup de charme et qu'il est instructif. On a l'impression qu'il promène un miroir dans un camp Tzigane que l'on peut ainsi découvrir de l’intérieur. J'ai apprécié la liberté de ton et l’objectivité de l'auteur qui ne semble faire preuve d'aucune complaisance ni à l'égard des siens ni a l'égard des autres...















dimanche 4 mars 2012

Petits bonheurs de l'édition de Bruno Migdal


Titre: Petits bonheurs de l'édition
Auteurs: Bruno Migdal
Éditeur: de la différence,

Présentation éditeur:
Comment devient-on stagiaire dans une célèbre maison d'édition ? Qu'est-ce qu'on y fait ? Quelles sont les relations avec les éditeurs en titre ? Sur quels critères sont retenus les manuscrits et comment se manifestent les relations de pouvoir dans ce monde à part, chargé d'un passé littéraire glorieux ? L'histoire de la maison ne pèse-t-elle pas sur les esprits de ceux qui y travaillent au point de leur donner la certitude ou l'illusion d'appartenir à une aristocratie ?
Avec un humour constant, Bruno Migdal, le « sans grade », l'amoureux de la littérature qui écrit à ses heures, observe et note les mœurs étranges de ce petit monde dont les codes lui sont étrangers. Chargé de lire des manuscrits et d'en rendre compte par une note de lecture, il nous livre, tout en finesse, sous la forme d'un journal de stage, une facette de la comédie humaine dans ce microcosme très parisien.

Ce que je retiens de ce livre:
Il m'a permis de réaliser un petit phantasme: voir et entendre, telle une petite souris cachée dans la plinthe ce que normalement on ne voit ni n'entend: une partie de l'alchimie qui transforme un manuscrit en livre. Cet éditeur  n'est pas nommée,  Grasset peut-être? Les auteurs sont cités pas leurs  initiales mais souvent faciles à deviner. Le journal  sans complaisance égratigne  gentiment la vanité des uns, le snobisme des autres mais  avec élégance et humour. Même s'il n'est pas du sérail et effectue ce stage  sans solde, on suppose son trait pertinent car l'on sent son respect pour ce beau métier, son goût pour la littérature. La galerie de portraits des employés et des autres stagiaires  est aussi assez savoureuse:  certains  attachants, d'autres imbus d'eux mêmes  ne décrochent ni salue ni merci, le tout donnant l'occasion d'anecdotes piquantes.Voici donc un  petit journal au style enlevé et raffiné tenu avec beaucoup d'esprit. Une lecture agréable qui permet de soulever un coin du voile et de découvrir certains aspects du métier d'éditeur.

mardi 24 janvier 2012

Veuf de Jean-Louis Fournier


Titre Veuf
Auteur: Jean-Louis Fournier
Editeur :Stock,2001
Présentation éditeur :
« Je suis veuf, Sylvie est morte le 12 novembre, c'est bien triste, cette année on n'ira pas faire les soldes ensemble.
Elle est partie discrètement sur la pointe des pieds, en faisant un entrechat et le bruit que fait le bonheur en partant.
Sylvie m'a quitté, mais pas pour un autre.
Elle est tombée délicatement avec les feuilles.
On discutait de la couleur du bec d'un oiseau qui traversait la rivière.
On n'était pas d'accord, je lui ai dit tu ne peux pas le voir, tu n'as pas tes lunettes, elle ne voulait pas les mettre par coquetterie, elle m'a répondu je vois très bien de loin, et elle s'est tue, définitivement.
J'ai eu beaucoup de chance de la rencontrer, elle m'a porté à bout de bras, toujours avec le sourire.
C'était la rencontre entre une optimiste et un pessimiste, une altruiste et un égoïste.
On était complémentaires, j'avais les défauts, elle avait les qualités.
Elle m'a supporté quarante ans avec le sourire, moi que je ne souhaite à personne.
Elle n'aimait pas parler d'elle, encore moins qu'on en dise du bien.
Je vais en profiter, maintenant qu'elle est partie.
» Jean-Louis Fournier souhaitait mourir le premier, il a perdu.
Sa femme partie, il n'a plus personne avec qui parler de lui.
Alors pour se consoler, ou pour se venger, en nous parlant d'elle, il nous parle de lui.

Avis : Pour moi Jean-Louis Fournier c’est un peu comme un membre de la famille. Il m’accompagne depuis que je travaille en bibliothèque. J’avais lu les récits de son enfance et de son adolescence… j’avais acheté ses documentaires… et récemment lu le très beau Où on va  papa Prix Fémina 2008… et là encore Veuf. On espère que la vie ne lui donnera plus l’occasion d’être aussi pudiquement drôle avec son désespoir, même si c’est toujours un grand bonheur de le lire. Ce qui est génial c’est cette petite musique familière et attachante qu’il instaure dans le paysage culturel et qui en fait un Monsieur à nul autre pareille qui parvient toujours à garder cette politesse du sourire  et qu’on aimerait avoir comme ami et /ou copain et /ou…. Et à qui on souhaite «  qu’en tout point jour après jour ça aille mieux. »

lundi 26 décembre 2011

Un homme ordinaire par Yves Simon


COUP DE CŒUR

Titre: Un homme ordinaire
Auteur: Yves Simon
Édition : Nil, 2011
Collection: Les affranchis. Bravo à l'éditeur pour sa collection et le choix de ses auteurs: Annie Ernaux, Linda Lê pour ceux que j'ai lu et Yves Simon aujourd'hui.
Elle est placée sous le haut patronage de Franz Fafka. La présentation de la collection précise qu'après « avoir rédigé sa lettre au père, Kafka avait préféré la ranger dans un tiroir. Écrire une lettre une seule c'est s'offrir un point final, s'affranchir d'une vieille histoire. La collection Les affranchis fait cette demande à leurs auteurs: Écrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite. »

Yves Simon a choisi d'adresser la sienne à son père aujourd'hui disparu. Deux citations donnent le ton pour ouvrir son récit. La première de Céline

«  La plupart des gens ne meurent qu'au dernier moment; d'autres commencent et s'y prennent vingt ans à l'avance et parfois d'avantage; Ce sont les malheureux de la terre. »

la seconde de Milan Kundera

«  On pensait à l'infini des étoiles, mais l'infini que papa portait en lui, on ne s'en souciait nullement. »

Et le récit s'élance, un peu fiévreux,sur une série de questions toutes tendues vers cette unique interrogation. :" Comment ai-je pu t'aimer si mal, toi qui m'aimais tant ? A ta mort, je suis resté de nombreuses années, une pierre enchâssée dans la gorge de t'avoir si peu parlé. Bien sûr, lors des semaines précédant ton agonie, je me suis assis durant de longs après-midi, à tes coté....Mais...ces mots et ces gestes de l'urgence ne pouvaient remplacer les infinis silences dont je m'étais rendu coupable pendant les vingt années que nous venions de passer ensemble. Tu fus mon premier deuil. "
Simon Simon raconte son enfance et son adolescence dans une famille aimante. Son père est cheminot à la SNCF quant-à sa mère, Yves Simon partage avec elle le goût du rêve et de la nouveauté pas toujours facile à satisfaire sans doute:les fins de mois sont souvent difficiles, et le père n'a pas ces mêmes besoins. Yves constate que « Ses rêves et les miens étaient plus grands que les siens. » Pourtant si son père est un homme humble, c'est aussi un papa poule éperdu d'amour pour son fils à qui il pardonne tout.Il ne s'opposera jamais à sa vocation  pour la musique et lui achète un accordéon pour ses neuf ans. Il se souvient d'ailleurs de la fierté de ce père lorsqu'il reçu le prix d'excellence. Ce petit livre est un bijou de sensibilité et un texte d'une belle élégance car rien n'y est superflu. Il ouvre vers le témoignage de l'universalité de l'amour  à travers le récit particulier d'un fils . Si Yves Simon y parle aussi de la musique...elle qui a ce « pouvoir chamanique de pénétrer les corps sans forcément transiter par le cerveau » c'est un récit qui évoque  l'amour filial et sa force inépuisable.Donnant vie aux rêves des enfants qui pourtant suivent d'autres routes que leur père »Tu m 'as enveloppé d'un amour animal où seuls les gestes comptent; Jour après jour tu m'as confectionné ce matelas affectif qui rend invincible, qui immunise contre les maladie de l'âme, les chagrins, les dépressions...Ces poudroiements d'amour dont tant de gens semblent prives résident au fond de moi comme des talismans précieux. » J'ai adoré ce petit livre dont je conseille chaleureusement la lecture pour tous publics. Cela donne envie de réécouter ses chansons si le cœur vous en dit c'est ICI .

lundi 30 mai 2011

Comment j'ai appris la géographie de Uri Shulevitz

Titre:Comment j'ai appris la géographie
Auteur: Uri Shulevitz
Traduit de l'américain par Elisabeth Duval
Editions:Kaléidoscope,2008
Entretien avec l'auteur c'est ici
Thème:Une famille qui a fui son pays ravagé par la guerre survit dans un terrible dénuement. Jusqu'au soir où le père rentre non pas avec l'habituel maigre repas, qui de toute façon ne calme jamais l'estomac, mais avec un objet extraordinaire, capable de transcender la faim et la misère... Cette fabuleuse leçon de vie est aussi le vibrant hommage d'un fils, l'immense auteur Uri Shulevitz, à son père. 

 Avis: Malgré une présentation et une illustration un peu vieillotte, j'ai apprécié cet album pour l'hommage qu'il rend à la force de l'imaginaire. Dans une note accompagnant la fin de cet ouvrage, on apprend que cet album est autobiographique.Né en 1935 à Varsovie l'auteur et sa famille fuient la Pologne en 1939 vivant successivement en Union soviétique,en France en Israël et aux États Unis. Si la morale de l'histoire est qu'il ne faut jamais accepter sa condition médiocre et lutter pour transcender son destin  alors rêvons...

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