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lundi 28 mars 2011

L'homme qui descend des montagnes

Titre: L'homme qui descend des montagnes

Auteur: Abdelhak Serhane

Thème: Au Maroc dans les année 1950, un jeune garçon d'environ cinq ans vit auprès d'un père tyrannique, d'un frère haineux, élevé dans l’idée de la supériorité de l'aîné et d' une mère effacée et croulant sous le poids de grossesses à répétition. Nous sommes dans le Haut-Atlas et cette famille pauvre d'un village arriéré semble venir du fond des âges. A l'école coranique, la moindre hésitation se paye par des coups relayés dés le retour par ceux du père. Peu d'espoir donc dans l'univers du jeune garçon qui peine entre trois langues : l'arabe qu'on parle à la maison, celui de l'école coranique et le français de la jolie institutrice aux belles jambes blanches. Les coups pleuvent là encore. Le déclic viendra pourtant un jour à force coup de rages accumulées et en partie à cause d'une promesse du père dite sous forme d'humiliation. Il y a malgré tout quelques moments de grâce: les  sursauts de rébellion de sa mère, l'amitié, et les contes que raconte sa grand-mère par exemple.

Avis: Autour d'une série de tableaux largement inspirés de sa propre histoire, l'auteur dresse un portrait au vitriol de la société marocaine et de son enfance désastreuse. La fin du livre à la gloire de sa mère est particulièrement poignante et l'ensemble du récit est bouleversant. La violence que subissent les enfants et la mère sont à peine croyable, quelle leçon de vie et quelle énergie ( est-ce celle du désespoir ? ) il faut pour se sortir de tout cela sans devenir totalement psychopathe ? On pense à Boris Cyrulnik et à son concept de résilience. Je conseille chaleureusement la lecture de ce livre, même si j’émettrais quelques toutes petites réserves sur la construction du récit. La juxtaposition des petits récits  m'a parfois un peu gêné. J’aurais aimé voir grandir le personnage. Mais peut-être cela fait-il l’objet d’un autre livre.


Extrait:

" Si Hmad leva sur moi ses yeux rougis par le kif et me dit entre deux gorgées de thé que le conte est une histoire qui est en chacun de nous .Il suffit de savoir le chercher au fond de soi et de suivre ses pérégrinations. Le conte n'est pas une simple histoire que l'on raconte pour passer le temps ou pour plaire aux autres, mais un morceau de vie qui nous colle à la peau et nous poursuit tout le temps. Le conte, finit-il par dire c'est le rire de la vie et le chemin de la connaissance.

Je compris à ce moment là que je deviendrais artisan des mots ou magicien de la parole. Toute ma vie j'allais chercher ces mots qui me harcelaient, m'hallucinaient, me poursuivaient jusque dans mon sommeil et me lançaient à la recherche de mes semblables, là où la rencontre de l'autre donne un sens à la vie et au don de soi".





Le sang et la mer

Titre: Le sang et la mer

Auteur: Gary Victor


Thème: Le roman se déroule en Haïti de nos jours et raconte l'histoire tragique de deux orphelins au prise avec une société impitoyable pour les pauvres.Il s'agit Hérodiane, 17 ans et de son frère Estevèl habitants dans un infâme bidonville de Port-au-Prince ironiquement surnommé Paradi. Tout commence par un rêve de vague surgit du sommeil agité Hérodiane allongée dans l'attente d'un secours qu'est parti quérir son frère . Le roman fait alterner le récit rétrospectif et celui de  l'attente fébrile d'Hérodiane qui saigne sur sa couche.


Avis: J'ai bien aimé ce roman.En effet, le ton est sans complaisance.L'auteur ne transige pas avec le politiquement correct, il dépeint  les facettes les moins reluisantes de son pays: corruption omniprésente qui gangrène toute la société, violence vis à vis des plus faibles, avilissement  des femmes  considérées comme des proies,mépris pour l'identité d'un peuple  se traduisant par un mélange de fascination et de répulsion pour la peau noire,racisme brutal de la bourgeoisie meurtrière où l'amour entre une noire et un métisse est considéré comme contre-nature. Le roman est parfois cru mais il fallait cela pour évoquer les tourments traversés par les personnages.

J'ai aimé le couple formé par le frère et la sœur, ainsi que la manière dont Gary Victor traduit les tumultes que suscitent désirs et  passions. Quand à l'usage du fantastique à la fin du roman, je suis restée perplexe! Il est dommage qu'on nous impose une seule interprétation alors que le mystère imprègne le reste du roman?
Qu'importe, je conseille cette lecture qui m'a permis de découvrir un auteur de grande qualité chez qui ont sens un amour profond pour sa terre meurtrie au travers de sa vision exigeante.  

Editeur: Vents d'ailleurs,2010
181 pages,17 €



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