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samedi 17 novembre 2012

Haut et court de Philippe Cohen-Grillet


Titre: Haut et court
Auteur: Philippe Cohen-Grillet
Éditeur: Le dilettante,2012
Rentrée littéraire automne 2012 : 2

Résumé: Le point de départ du roman s'inspire d'un fait divers survenu en 2007,dans une ville du Nord-pas-de-Calais.Tous les membres d'une famille furent retrouvés pendus dans le salon du pavillon familial. Pourquoi ce suicide collectif?

 Le romancier imagine le trajet de cette famille en apparence sans histoire. Nous suivons  les derniers mois de la maisonnée à travers le récit d'outre-tombe du  fils de la famille.
C'est donc un mort qui parle et ce jeune homme méticuleux est bien contrarié de constater qu'après avoir découvert leurs dépouilles, personne n'a trouvé la lettre d'explications que la famille avait pourtant mis tant de soins et eu tant de peine à écrire. Nous suivons leur dégringolade jusqu'au bord du gouffre.

 Il remonte le cours du temps depuis la soirée fatidique juste avant l'achat de la corde la plus solide possible. Il hésitait alors entre Leroy Merlin et Décathlon...

Le fils était en effet chargé de faire les nœuds! Peu à peu nous allons découvrir leur vie. Le père à la retraite avait travaillé pendant trente ans comme comptable à l'usine locale de produit émaillés. La mère était femme au foyer . La fille était employée d'une auto-école et le fils après plusieurs petits boulots avait trouvé une place comme magasiner en charge de la gestion des stocks dans hypermarché de la sortie de la ville.

 Le thème du roman m'engageait peu, cependant le ton mi caustique mi  humoristique  fait de l'histoire une lecture plaisante malgré la gravité du sujet où il est question de grande distribution et d'amours malheureuses...    J'ai parfois pensé à l'écriture du regretté Pascal Garnier. A découvrir 

dimanche 26 février 2012

Le petit roi de Mathieu Belezi


Titre: Le petit roi
Auteur: Mathieu Belezi
Présentation éditeur: Mathieu, douze ans, vaguement délaissé par les siens, se trouve confié aux soins d'un grand-père peu causant qui habite seul une ferme dans un coin désolé de Haute-Provence. L’enfant va faire alors l’apprentissage de la solitude, du silence, de la cruauté et des émois de la chair. Ce roman a obtenu le prix Marguerite-Audoux 2000.

Ce que je retiens: Ce livre est magnifique et dit parfaitement comment le manque d'amour  transforme un homme en boule de violence et de tristesse et comment le non-dit devient une arme que parfois les bourreaux retournent contre eux même.
"Je n'aimerai plus. Je le jure… Que la neige tombe et m'ensevelisse, qu'elle m'épargne le monde où rien n'est là pour que je vive heureux."Un roman terrible et terriblement juste sur une enfance de tristesses et de larmes.Merci aux personnes qui m'ont fait découvrir ce livre que j'avais manqué lors de sa parution. Pour avoir rencontré l'auteur depuis, celui-ci affirme de ce roman n'est en rien autobiographique ce qui souligne de nouveau  le pouvoir de certains auteurs  à rendre compte de notre réalité à travers la fiction. J'ai éprouvé le besoin de lire à haute voix certains passages et je n'ai donc pas été surprise d'entendre l'auteur expliquer qu'il s'attache à  rechercher une musicalité dans son écriture.  Un livre tous publics que je conseille chaleureusement.

dimanche 2 octobre 2011

Brûler les livres et choisir une société- Fahrenheit 2010- Isabelle Desesquelles

 A propos de Fahrenheit 2010
Éditeur: Stock,2010
Ce texte est paru en septembre 2010.Il raconte les déboires d'une libraire employée de "Lavraielibrairie " (l'auteur emploie à dessein cette formulation pour que rien ne vienne "museler" son propos) rachetée par "Lachaîne", consortium américain classé au 2ème rang mondial des entreprises dédiées à la vente de céréales. Ayant d'abord tâté de la vente en ligne du livre en y appliquant les méthodes de grainetiers, "Lamultinationale" va s'offrir plusieurs dizaines de librairies indépendantes. Le mastodonte  applique sa logique de rentabilité. La libraire souligne que la culture dite de masse, la culture paraît-il pour tous "est surtout une formidable pompe à fric". Avec un humour baigné d'amertume, elle décrit sa propre histoire, sa "descente aux enfers et le naufrage d'une certaine idée de son métier et de l'humain, en totale insurrection contre les méthodes liberticides de Lachaîne où sévit "blondinet", le nouveau président "qui lui se fiche éperdument des livres". Son travail adoré, avant le rachat devient une torture. Les jours passent et le quotidien de lavraielibraire devient sinistre et accumule les stigmates tels que  "licenciements, plan social, librairies défigurées, stocks au point mort, fonds réduits à une peau de chagrin, assortiments imposés, équipes dégoûtées, clients méprisés" assistant impuissante au  massacre du travail accompli par son équipe depuis des années. Cette histoire à valeur d'exemple car elle dénonce l'esprit d'une époque qui se répand malheureusement partout en banalisant le propos apparemment anodin: "il faut savoir s'imposer".S'imposer sous-entend ici, écraser ou mourir, tel est l'alternative proposée insidieusement. L'homme "dans l'air du temps, en adéquation parfaite avec les plus hautes sphères du pouvoir... écrit- Éradiquons les faibles-et se fait le chantre de la loi du plus fort-".
Ce livre  parle aussi de la passion pour  le métier de libraire, de sa générosité et de son utilité dans la construction d'un individu, d'une société  lorsqu'il celui-ci est pratiqué par des êtres humains et non par des machines à fric ou à débiter de fausses vérités, pour intégrer les esprits lobotomisés par la peur du chômage ou le matraquage mediaticofacile. Ce texte, beaucoup de bibliothécaires pourraient sans doute le reprendre à leur compte si du moins on considère ce métier hors ces missions administratives.
"Conseiller un livre est chaque fois une nouvelle histoire,celle des premières pages que l'on décide ou non de dévoiler,celle d'une pudeur, à partager avec un autre que soi, d'autres vies qui sont un peu, beaucoup les nôtres. Raconter un livre, c'est se raconter. Et quand le client revient et revient encore, c'est notre tour d'aller en lui à notre guise.On découvre des chaînes de chagrins, des espoirs insensés, on se met à guetter les endeuillés, les trop seuls.Que sait-il de tout cela, blondinet, avec ses tableaux de bord, ses reportings...Que sait-il de ce gamin bouleversé par Silbermann? Que sait-il de cette jeune fille poussée à L'ombre du vent? Que sait-il de la ravissante demoiselle toute à sa fréquentation de Michel Déon? Oui,que sait-il, blondinet, de ce vieux monsieur, orphelin de son fils et grand amateur de littérature de terroir?" 
Un livre à lire si on a envie de se poser deux ou trois questions sur notre monde où le "diviser pour régner" est plus que jamais d'actualité, poussant à l'individualisme, au replis sur soi à la peur de l'autre. Cet autre-ennemi qui va vous prendre votre travail, votre femme ou votre pain ou que sais-je encore. Et où on nivelle par le bas en moquant la culture et  faisant disparaître les livres  ( d'où le titre faisant référence à une autre sombre période de l'histoire où on faisait disparaître les livres en les brûlant) et où on érige le mépris de ceux qui prétendent aussi trouver dans leur travail une passion, un sens, une valeur morale. A ce titre, comment ne pas faire un parallèle avec les chiffres du rapport Cyrulnik (lien sur France 3) tombés dans la presse cette semaine sur le suicide des jeunes de moins de 25 ans. Oui comment ne pas faire un parallèle en effet et se poser quelques questions sur les raisons pour lesquelles le suicide est la  deuxième cause de mortalité en France chez les jeunes de 25 ans. Le chômage n'explique sans doute qu'en partie ce sentiment généralité que pour "parvenir" aujourd'hui, il faut avancer dans la société et dans le monde  un couteau entre les dents...savoir s'imposer, vaincre ou mourir? Au fond c'est aussi un choix de vie, un choix de tous les instants qui transforme peu à peu les choses. Le choix de voir ou non, le choix d'essayer de réfléchir et de penser par soi même, de lire plus pour penser plus par exemple au lieu de rester uniquement des consommateurs supposés avides de gagner plus pour consommer plus. De cette lente démission à laquelle nous pousse parfois le rouleau compresseur du profit et de la bêtise organisée, le livre parle parfaitement en utilisant la métaphore de la grenouille plongée dans l'eau tiède." L'eau tiédit, à peine d'abord,tout doucement.Si lentement qu'elle ne se rend compte de rien. Seulement, la grenouille brûle et elle meurt. Plongée dans l'eau bouillante, la grenouille aurait sauté, se serait échappée.Elle vivrait encore et peut-être, se serait échappée.Elle vivrait encore et peut-être leur dirait-elle, aux autres grenouilles, de se méfier de l'immersion en eau tiède."Un livre salutaire donc à lire et à faire lire.

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